L’ossature du prototype de maison 1930 « Solar Decathlon » dévoilée
Le Moniteur, presse

L’ossature du prototype de maison 1930 « Solar Decathlon » dévoilée

Quelle drôle d’idée ! Fabriquer en bois une réplique des maisons ouvrières en brique de type 1930 du nord de la France. Conçu et réalisé par les étudiants de 14 structures de formation des Hauts-de-France réunies dans un consortium (voir encadré ci-dessous), ce drôle de prototype à l’échelle 4 1 partira à Budapest concourir au « Solar Decathlon Europe4 2019 ». L’ossature bois vient d’être dévoilée devant plus de 150 personnes. Aperçu d’un projet qui devrait continuer à surprendre.

Impossible de ramener pour le concours un prototype de maison 1930 en brique en Hongrie ? Qu’à ne cela tienne : il sera construit en bois et garni de matériaux reproduisant les caractéristiques thermiques des vraies maisons « 1930 ». Le consortium Habiter 2030 qui pilote le projet n’est pas à cours d’idées. Et il va lui en falloir tant le défi à relever est tordu : réaliser une vraie/fausse maison 1930 à taille réelle, économique, écologique et alimentée par l’énergie solaire. Maison qui doit lui permettre de se distinguer des 15 autres équipes en lice au Solar Decathlon Europe 2019 qui aura lieu en juillet de l’année prochaine en Hongrie. Et une maison témoin qui, une fois la compétition terminée, pourra servir de démonstrateur mobile en Hauts-de-France.

100 % solaire

«  Nous avons choisi pour le concours de travailler sur la réhabilitation de la maison de ville mitoyenne, un habitat typique de la région construit à l’époque industrielle, explique François Andrieux, directeur de l’École d’architecture de Lille. Il y a 400 000 maisons de ce type dans la métropole lilloise, un million dans les Hauts-de-France : l’enjeu est considérable ». La « maison 1930 » est aujourd’hui synonyme de gaspillage énergétique. « Le concours nous impose de trouver une solution 100 % solaire, mais nous allons explorer toutes les solutions qui pourront s’intégrer au mix énergétique et travailler beaucoup sur la mutualisation », souligne Jocelyn Gac, coordinateur du projet Habiter 2030 pour les Compagnons du devoir.

200 étudiants

Près de 200 étudiants et formateurs vont travailler sur ce projet évalué à 2,4 millions d’euros TTC dont le consortium essaie encore de boucler le budget. « Nous avons encore besoin de dons en matériaux (bois, matériel domotique, matériaux divers, etc.) pour une valeur d’environ 800 000 euros. Nous avons aussi besoin de soutien en argent à hauteur environ de 400 000 euros. Les participations en compétences sont aussi plus que bienvenues », souligne Jocelyn Gac.

Intelligence collective

«  Cette première étape du prototype est le fruit de trois ans de travail collaboratif interdisciplinaire. Il est essentiel qu’architectes, concepteurs et artisans travaillent ensemble », se félicite François Andrieux. « Ce projet est le fruit d’une intelligence collective », ajoute Béatrice Auxent, la présidente de l’association Habiter 2030.

Transmission

Les étudiants semblent très satisfaits de cette expérience interdisciplinaire qui va cependant devoir faire un gros effort pour assurer une transmission des informations optimale. « Dès le départ nous avons travaillé sur ce thème de la transmission aux futurs étudiants », explique Aurore Morel, qui vient de terminer sa formation d’architecte. Elle a d’ailleurs tellement apprécié ce travail interdisciplinaire, qui lui a notamment permis de côtoyer les compagnons du devoir, qu’elle souhaite continuer sa formation pour devenir charpentière : « Si je trouve une entreprise pour m’accueillir ». Ce prolongement de ses études lui donnera une double casquette et lui permettra de continuer à suivre le projet Habiter 2030 à la rentrée. La jeune future charpentière architecte qui a travaillé sur les aspects sociaux du projet explique : « Nous avons constaté qu’il nous manquait des compétences pour traiter les informations que nous avons pu récupérer auprès des habitants, l’arrivée de sociologues sera très positive. »

Complexité

«  L’ensemble du projet est d’une grande complexité. Il a par exemple fallu faire un travail de modélisation pour évaluer l’orientation moyenne d’une maison 1930 », explique Patrick Leblanc, responsable des affaires techniques à la FFB Hauts-de-France. Il ajoute que le projet bénéficie déjà de tous les retours d’expériences réalisés sur la région sur ce thème : « Nous leur avons par exemple apporté l’expertise que nous avons pu gagner sur le projet Villavenir rénovation. Cela permet de gagner beaucoup de temps ». A peine monté sur le site des Compagnons du devoir à Villeneuve-d’Ascq, le prototype va déjà être déplacé sur le site de Fives Cail à Lille. Pour continuer à avancer sur le projet, un workshop va être organisé les 14 et 15 septembre 2018 dans un lieu qui reste à définir.

Habiter 2030: Un consortium de 14 écoles associées à de nombreux acteurs régionaux

Habiter 2030 est consortium de 14 structures de formation des Hauts-de-France (architecture, design, ingénierie, sciences économiques et sociales, etc.) piloté par l’école d’architecture et de paysage de Lille (Ensap) et par les Compagnons du devoir. Le consortium comporte également des acteurs industriels et institutionnels régionaux (région, Ville de Lille, Ademe, Fabrique des quartiers, Soreli, CCI Hauts-de-France, Ordre des architectes des Hauts-de-France, CD2E, Scop BTP, Maisons et Cités, Soliha, SIA Habitat, FFB Hauts-de-France, Constructys, EDF, Loison). Les 14 structure de formation sont l’Ensap de Lille, l’association ouvrière des Compagnons du devoir et du tour de France, l’Esad de Valenciennes, Les Arts et Métiers, HEI, l’IMT Lille Douai, l’Université d’Artois-faculté des sciences appliquées, l’Université de Lille 1-faculté des sciences économiques et sociales, Sciences Po Lille, l’Edhec, l’Institut catholique de Lille-chaire explorateur de la transition, Centrale Lille, l’Ensait et avec la collaboration d’étudiants de l’Ensiame.

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